
À Toulouse, le cinéma queer a ouvert l’année en grand
Récits d’exil, de désir, de jeunesse et de luttes - et ce n’était qu’un début

Cannelle elle
Il y a des festivals qui ne se contentent pas de projeter des films.
À Toulouse, le Festival des Images aux Mots (DIAM), premier festival de cinéma LGBTQIA+ de l’année, a fait bien plus que ça : il a ouvert des espaces de parole, de mémoire et de projection collective. Pendant plusieurs jours, les salles se sont remplies d’histoires intimes et politiques, de récits trop longtemps tus, de corps filmés avec justesse, colère ou tendresse.
Et si le rideau est tombé aujourd’hui sur l’édition toulousaine, l’essentiel, lui, continue de circuler. Les films, les voix et les sujets abordés vont désormais voyager dans toute l’Occitanie et jusqu’en Nouvelle-Aquitaine.
Dire l’exil, nommer les persécutions, reconstruire par la parole
Parmi les temps forts du DIAM, plusieurs films ont mis en lumière une réalité encore trop invisible : celle des personnes LGBTQIA+ contraintes de fuir leur pays pour survivre.
Dans J’en suis, j’y reste, la caméra accompagne des personnes réfugiées accueillies par un centre LGBTQIA+ en France. On y découvre le travail patient et militant de bénévoles qui aident à transformer des vécus indicibles en récits audibles, capables de faire valoir un droit fondamental : celui de rester.
Ce sont des films où la parole devient un acte de reconstruction. Dire ce qu’on a caché, ce qu’on a fui, ce qu’on a perdu, et parfois, ce qu’on espère encore.
Refuser les identités figées, embrasser les héritages queer
Le festival a aussi brillamment interrogé la question des identités plurielles et héritées.
Avec Neirud, la réalisatrice Fernanda Faya plonge dans les archives familiales pour redonner vie à une figure marginalisée : une femme noire, lutteuse dans un cirque brésilien du XXᵉ siècle, surnommée « la femme gorille ». Un film qui rejette les identités binaires et traite très justement des discriminations raciales et sociales du Brésil au XXᵉ siècle.
Un cinéma qui refuse les cases et rappelle que les trajectoires queer s’inscrivent toujours dans une histoire plus large, sociale, familiale et politique.
Filmer la jeunesse queer sans filtre
Plusieurs œuvres ont capté quelque chose de précieux : la jeunesse queer telle qu’elle est, dans ses élans, ses doutes et ses colères.
Queer me revient sur un squat toulousain des années 2010, refuge pour une génération queer radicale. En retrouvant aujourd’hui ses camarades, la réalisatrice interroge ce qu’il reste de ces utopies et ce que signifie grandir sans renoncer.
Dans Ce feu qu’on tait – fragments d’une jeunesse queer, deux parcours martiniquais se croisent. L’insularité, le poids des racines, les attentes familiales, mais aussi la puissance des espaces d’expression queer donnent à voir une jeunesse qui cherche à exister sans se trahir.
Désir, sexualité et humour comme gestes politiques
Le DIAM n’a jamais opposé gravité et légèreté.
Avec des programmes comme Boysnight ou la soirée Amours saphiques, le désir s’est affiché sans détour : humour, sexualité, romantisme lesbien, relations multiples. Autant de récits qui rappellent que représenter les corps et les plaisirs queer est aussi un geste politique.
Rendre visibles les récits encore trop absents
Le festival a également élargi le regard, en sortant des centres urbains et des narrations attendues.
Pédale rurale raconte l’émergence d’une Pride en milieu rural et le chemin intime d’un homme qui réapprend à faire collectif.
Le programme Trans-lucides met en lumière des personnages trans dans une diversité de situations et de tons, loin des représentations uniques ou misérabilistes.
Enfin, Skiff, film de clôture, a marqué les esprits par sa douceur et sa justesse. Sous les airs d’un teen movie estival, le film aborde un moment rarement traité au cinéma : celui où un·e adolescent·e prend pleinement conscience de son identité de genre et décide de s’en emparer.
Une aventure qui continue en région
Si Toulouse a donné le coup d’envoi, le Festival des Images aux Mots (DIAM) ne s’arrête pas là.
Du 9 février au 3 mars, ces films, ces voix et ces récits vont circuler dans toute l’Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Une occasion précieuse de découvrir un cinéma queer vivant, politique et profondément humain.
Parce que ces histoires ne sont pas locales.
Elles parlent d’exil, de désir, de jeunesse, de mémoire et de liberté.
Et elles méritent d’être vues partout.
















